Entre aventure et histoire au Pilier Central de l’Ailefroide Occidentale

La Muraille Nord-Ouest du Grand Pic de l’Ailefroide, telle que la dénommaient Lucien Devies et Giusto Gervasutti à l’ouverture, les 23-24 juillet 1936.
C’est ce projet dans l’immense face de l’Ailefroide, dans les Alpes du Sud, qui me trotte dans la tête depuis un moment… la « Walker de l’Oisans »  …. Les conditions semblent être quasiment optimales : une face bien sèche des températures douces, une météo qui promet un soleil radieux, que demander de plus ?

Montée par le Glacier Noir

Montée par le Glacier Noir

Haut du Glacier Noir

Haut du Glacier Noir

Mes 2 compagnons de cordée sont partants, nous choisissons de monter par le Glacier Noir, pour franchir le Col de Coste Rouge, et bivouaquer au pied de la face : un choix qui s’avère bien utile pour le repérage de l’itinéraire au calme, au coucher de soleil : le socle, le grand couloir à traverser, puis la Tour Rouge, les Dalles Grises, la Vire en arc de cercle, et enfin les cheminées finales, souvent verglacées … un itinéraire qui défile dans notre tête, alors que progressivement le sommeil nous gagne, la tête désormais dans les étoiles…

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4h30 le réveil nous sort brutalement de nos rêves. Il fait encore nuit noire, nous prolongeons encore un peu nos rêves. Après 15min de marche seulement, nous sommes au pied de la face, prêts à l’ascension.

Tout le socle se grimpe en corde tendue, moyennant un peu de cheminement pour rester au plus facile ; une vigilance particulière pour la traversée du grand couloir, qui peut se transformer en entonnoir pour chutes de pierres, il n’est pas question de traîner.
Le deuxième section, la Tour Rouge, commence par 2 longueurs, plutôt athlétiques : ça passe bien, malgré nos grosses et nos sacs chargés du bivouac. La suite, ce sera en corde tendue sur le fil de l’arête, jusqu’au sommet de la Tour Rouge. Mis à part l’arrachage d’un bloc (heureusement sans conséquence grave), l’escalade est plutôt plaisante, sur un rocher sain !

 

La suite est un cheminement dans un dédale de dalles grises, qui laisse libre cours à l’instinct primaire du grimpeur-ouvreur, à son sens de l’itinéraire ! Ouf ! Un piton … Un crochet à gauche, un crochet à droite … ça devrait passer…

De fil en aiguille, le secret des dalles grises est levé, la vire en arc de cercle franchie, et nous rattrapons progressivement une cordée de trois Espagnols, qui eux, ont dormi au sommet de la Tour Rouge. Les dernières longueurs, tantôt contournant des cheminées englacées, tantôt grimpant certaines en écart, semblent s’allonger … d’autant qu’un hélicoptère du secours en montagne tourne depuis quelques minutes au-dessus du sommet, désormais tout proche… Que nous vaut cette présence ? Pourquoi tant de raffut dans cette nature sauvage ?
Des Espagnols, inquiets du départ prolongé de leurs amis grimpeurs, ont déclenché les secours : les voilà désormais en l’air, l’un après l’autre, rejoignant la vallée avant la nuit, arrachés subitement à un monde sauvage, où seul le contraste avec la vie d’en bas nous rend à notre condition d’être fragile, et nous fait vivre plus intensément !
Il est 20h, le temps de terrasser 3 petites plateformes pour la nuit, nous sécuriser sur le flanc sud de cette arête, et faire un peu d’eau. Demain, nous aurons la matinée pour descendre, avant l’arrivée potentielle d’un orage en début d’après-midi…

6h, le jour pointe le bout de son nez, au travers d’un épais brouillard ; le temps de faire chauffer un petit thé, le brouillard se transforme en grésil, puis en chute de neige : l’orage semble être bien plus pressé que prévu ! Le bivouac est vite rangé, nous sommes repartis, vers la brèche de Coste Rouge, pour une petite heure de traversée d’arête rocheuse, désormais sous la neige ! Un peu de désescalade, quelques rappels, et nous voilà enfin sur le glacier de l’Ailefroide … en même temps que le premier coup de tonnerre et les premiers impacts de foudre ! Entendre et ressentir les abeilles, l’électricité statique qui se charge, pour une fois, ce n’est pas que dans les livres ! Le plus rapidement possible nous traversons les glaciers, retrouvons l’itinéraire de descente de la voie normale de l’Ailefroide Orientale, pour rejoindre le refuge du Sélé vers 13h.. Un petit havre de paix, tenu par un gardien extraordinaire, Raoul, un grand Merci pour ton accueil sans faille !!
La descente du refuge sera ensuite … une broutille! 😉

Une aventure sauvage, partagée avec Manu et Marco, une cordée 100% M&M’S

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